• Myriam Blal

Rencontres 2.0 : digital vs. réel


Online

Fixés sur nos écrans de téléphone à longueur de journée, vissés devant l’ordinateur au travail et perdus dans nos bandes-sonores dès que nous sortons de la maison, nous ne sommes plus capables de se rencontrer par nous-mêmes, comme des grands.


À force d’être connectés au monde, nous perdons la connexion avec notre propre univers et nécessitons la technologie pour nous y relier.


Les regards ne se croisent plus dans les transports publics, les mains ne se frôlent plus sur la dernière brique de lait de l’étalage et les sourires ne se partagent plus en pleine rue. Maintenant, on se like, ensuite on se follow, puis on match ou pas et finalement on switch sur le next one.


De peur du rejet, on préfère se cacher derrière un avatar sur un écran pour séduire, comme Cyrano de Bergerac le faisait derrière Christian de Neuvillette afin de faire la cour à Roxane, mais, nous, pour le coup, avec une prose bien médiocre.


Un coup de Photoshop, le filtre Instagram adapté, une dose de maquillage conséquente, une fausse photo sur les réseaux sociaux, tous les moyens sont bons pour nous donner l’image souhaitée dans l’espoir qu’elle attire l’attention des autres.


Parce qu’il ne s’agit plus de trouver le prince ou la princesse charmante, non, nous voulons plaire à tout le monde. Un maximum de « like », de commentaires élogieux, de matchs, de followers, de fans… La quête d’approbation de son apparence physique devient une course sans fin.


Offline

En sortant d’un entretien d’embauche qui a sérieusement fait vaciller ma confiance en moi, je déambule dans les rues de Berlin à côté de son mur.


Le soleil brille, réchauffe mon visage couvert d’un masque de maquillage «nude», mais devant mes yeux, je ne vois que ce rempart qui m’empêchait de discerner ce vers quoi j’avance.


Tête en l’air, je ne remarque pas le groupe de personnes qui marchent à ma hauteur. Un assemblage étrange d’individus qui semblent n’avoir rien en commun hormis un coup dans le nez à 11h30 du matin.


Un anglais qui clame son homosexualité à tous les passants. Un Chaux-de-Fonnier faisant la roue sur la chaussée. Une jeune femme au crâne rasé vêtue uniquement d’un collant noir déchiré, d’un string à frou-frou et d’un marcel remonté sur la poitrine. Un DJ de minimal sous les effets du Speed. Et pour finir, deux hipsters berlinois dont un qui me regarde du coin de l’oeil.


Ses yeux bleus électriques éveillent ma curiosité et son allemand parfaitement sexy me convainquent de continuer la conversation qu’il essaie de lancer.


Suivant sans m’en rendre compte le groupe dans un bar-plage le long de la Spree, j’observe amusée ces gens qui ne se connaissaient pas il y a encore 12 heures et qui finissent étendus sur des transats à refaire le monde.


Perdue dans mes pensées, je ne réalise pas que le bel Apollon nous a fait ses adieux.


Cette rencontre quelque peu surréaliste n’aura peut-être pas été un succès, mais elle aura eu le mérite d’avoir été réelle.


Deux individus qui quittent sans hésitation leur routine « maison-boulot-dodo » le temps d’un échange verbal, de quelques sourires complices et d’une courte marche dans les rues de Berlin.


Rien de parfait, mais un vrai bon souvenir qui tombait juste à pique !

-.-

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